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vendredi, 15 avril 2011

Marie-Antoinette – Stefan Zweig

Marie-Antoinette.jpgPour une fois, voici un livre que j'ai choisi seule, et pas parce que truc et machin ont dit que c'était super ou que Cosmo le classait dans les inratables du printemps. Ce qui ne m'empêchait pas d'avoir à son égard, avant même d'en démarrer la lecture, un double a priori positif et une réserve (je sais, j'ai toujours un avis sur tout...).

Pour tous ceux qui connaissent bien son œuvre, ce que je vais écrire revient certainement à enfoncer une porte (grande) ouverte. Mais pour moi, qui ai découvert Stefan Zweig sur le tard, je dois dire qu'il s'est imposé à mes yeux, en un seul roman, comme un écrivain rare, dont la force réside tant dans son indéniable talent de conteur que dans son profond humanisme, qui asperge chacune des phrases qu'il écrit. Après avoir lu deux romans (Le Monde d'hier et Vingt-quatre heures de la vie d'une femme), je voulais absolument lire une des biographies de Stefan Zweig, qui constituent une part importante de son travail. Mon choix s'est porté très rapidement sur Marie-Antoinette, probablement à cause d'une espèce de fascination morbide pour sa fin tragique.

J'avais toutefois une réserve dans la mesure où, ne découvrant pas l'auteur, je connaissais son style si riche qu'il en devient parfois complexe, sa minutie si poussée qu'elle peut apparaître rigide. Et je craignais que, confronté à l'exercice précis - parce qu'historique - de la biographie, ce style ne devienne trop complexe, du genre si tu rates une ligne il faut recommencer tout le chapitre !

Finalement, contrairement à ce que j'avais craint, Marie-Antoinette s'est avéré être l'ouvrage de Stefan Zweig offrant la lecture la plus aisée, le style le plus fluide. D'une précision historique inégalée (après avoir réuni toutes les archives et documents disponibles sur le sujet, Stefan Zweig a scrupuleusement écarté tous les documents sujets à caution et d'origine incertaine pour ne se baser que sur les faits), Marie-Antoinette réussit la prouesse de transformer une biographie historique en un roman palpitant. On s'attend à découvrir les heurs et malheurs d'une reine froide et capricieuse qui serait depuis longtemps oubliée si sa mort ne restait pas un symbole de la chute de l'Ancien régime, et on est happé par l'histoire d'un personnage complexe, appelé trop tôt à des fonctions trop hautes, mariée sans amour à un homme mou et indécis. Refusant d'adhérer aux thèses partiales, qu'elles soient révolutionnaires ou royalistes, refusant la sacralisation autant que la diabolisation, Stefan Zweig livre le portrait sincère et rigoureux d'une reine qui fût avant tout une femme, et qui, comme toutes femmes, a commis de nombreux faux pas, mais qui, comme très peu d'entre elles, les a vu commentés, disséqués, amplifiés, raillés par la France entière.

Fresque historique, analyse psychologique, peinture sociale... si Marie-Antoinette est tout ça à la fois, c'est aussi et surtout un roman fascinant, une histoire troublante et enrichissante qui poursuit le lecteur longtemps après qu'il en a lu les dernières lignes. Peut-être parce que tout est vrai ?

vendredi, 25 mars 2011

Un roman français – Frédéric Beigbeder

1282669745.jpgAu risque de me faire beaucoup d’ennemis, je choisis de le dire d’emblée : je n’ai pas aimé. Tellement pas aimé que je n’en ai pas terminé la lecture, ce qui est assez rare.

Je fais partie de ces rares personnes (en tout cas les mines désolées à chaque fois que je fais cet aveu me portent à le croire) à n’avoir pas lu 99 francs, ni rien d’autre de Frédéric Beigbeder, hormis ses articles dans Voici qui me faisaient bien rire. Un peu par choix (je ne suis pas très en phase avec le personnage dont le côté « dandy-chic-et-choc » me fatigue), beaucoup par hasard (je n’en ai jamais réellement eu l’occasion et il y a toujours eu un livre que je voulais lire avant). Mais je me suis souvent dit que j’avais tort, et qu’il fallait que je m’y attelle pour voir par moi-même de quoi il retournait. Quand Marion m’a proposé de me prêter Un roman français, qu’elle venait de terminer (elle avait beaucoup aimé, mais Marion aime beaucoup Frédéric Beigdeder), j’ai pensé que le moment était venu…

Il serait probablement faux d’écrire que mon sentiment réservé sur le personnage ne m’influençait pas négativement quant à ce roman, mais j’étais toute disposée à changer d’avis. Sauf que je n’ai pas changé d’avis, et que, au contraire, je me sens maintenant légitime dans ma critique (évidemment, je plaisante…).

Plus sérieusement, j’ai trouvé cette histoire (un quadra parisien, riche et coké, tente, à la faveur d’une nuit en garde de vue, de se remémorer - et donc de nous raconter - sa famille, ses valeurs et son enfance, oubliée) bavarde, nombriliste, décousue, prétentieuse (au bout du cinquième mot que je ne comprenais pas dans un même chapitre, j’ai renoncé à ouvrir un dictionnaire) et auto-complaisante. Peut-être que j’aurais dû insister jusqu’à la fin. Peut-être que je n’aurais pas dû commencer par Un roman français. Peut-être qu’on ne peut pas tous aimer Frédéric Beigbeder.

Écrit par Tamara Writes dans Biographie, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : frédéric beigbeder, grasset, famille, parents, enfance, autobiographie |

lundi, 14 février 2011

Flic, tout simplement - Martine Monteil

FLIC TOUT SIMPLEMENT - NADINE MONTEIL.jpgDans sa chanson Femme des années 80, Michel Sardou évoque une femme qui « s’installerait à la présidence », d’où elle « ferait bander la France ». Martine Monteil ne briguera sans doute jamais le poste de Président de la République, mais elle a accédé à bien des « pouvoirs suprêmes ».

Première femme commissaire, elle a dirigé la Brigade des stups, la Mondaine, la Brigade de répression du banditisme puis la Crime. Naturellement, elle devient ensuite patron de la PJ avant d'être nommée Préfet-secrétaire général de la Zone de défense de Paris. Son parcours se révèle d’autant plus impressionnant que pas une représentante de la gente féminine ne l’a précédée à une de ces fonctions. Martine, première partout !

Curieusement, son statut de « première femme » s’avère l’aspect le moins important du livre. Toute mon attention s’est rapidement portée sur le récit : à travers sa carrière, Martine Monteil raconte une partie de mon histoire. Ou du moins de nombreux faits-divers qui ont ponctué actualité au cours de mon enfance. J’ai découvert l’envers du décor de certains événements dont je ne connaissais jusque-là que la couverture médiatique. Attentats de Port Royal, arrestation de Guy Georges, accident de Lady Di, nettoyage du l’Ilot Chalon, les aveux de Madame Claude… Jamais je n’aurais pu imaginer dans quelles conditions ces enquêtes se sont déroulées ! Mieux qu’un polar, la littérature réalité révèle les coulisses des traques de vrais méchants, bien plus sanguinaires et dépourvus d’émotion que de toutes leurs pales imitations de fictions.

Au-delà du sentiment d’avoir accédé à un univers fermé, j’ai été particulièrement marquée par une constatation des plus surprenantes : la lutte contre la criminalité influence directement l’évolution et la transformation de la physionomie d’une ville, voire d’un pays. Et ce n’est pas le premier facteur auquel j’aurais pensé.

 

Écrit par Tamara Writes dans Biographie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : martine monteil, michel lafon, police, policier, enquête, témoignage, investigation |

lundi, 20 décembre 2010

Peau de caniche - Dominique Zehrfuss

zehrfuss-peau-de-caniche3.gifCe billet est désormais disponible sur la nouvelle adresse du blog : http://www.lectricesandthecity.fr/peau-de-caniche-dominiq... 

Écrit par Tamara Writes dans Biographie, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dominique zehrfuss, famille, tunisie, modiano, femme, enfance, mercure de france |

mercredi, 24 novembre 2010

Questions à mon père - Eric Fottorino

eric-fottorino-romanesque-elucide-reel-L-2.jpeg"Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard".

Ce récit émouvant aux larmes (il m'a été difficile de rester stoïque à la lecture de certaines pages) est un long poème dédié à son père par Eric Fottorino. 

Son "vrai père" ? Là est le nœud de sa vie.

Éric a longtemps cru avoir été abandonné à sa naissance par un père trop préoccupé par sa réussite professionnelle (il est accoucheur, quelle ironie). Il avait en réalité été écarté par les parents de sa jeune amie qui ne voulaient pas d'un juif marocain pour gendre. Officiellement de "père inconnu" jusqu'à ses 10 ans, Éric sera adopté par le mari de sa mère, Michel Fottorino, lui-même originaire d'Afrique du Nord et qui lui a ainsi donné un nom, son nom.

De ses 17 ans, où il rencontre Maurice Maman (sic) pour la première fois, à ses cinquante ans aujourd'hui, Eric mesure le gâchis auquel il aura largement contribué. Pendant plus de trente ans, pour lui faire payer cet abandon originel, il l'aura repoussé, renié, nié.

A présent Michel est malade et Eric reçoit en pleine face la bêtise et l'absurdité de son comportement. Il veut rattraper le temps, il court, il veut tout savoir de ses origines, de Mardochée, de Fréha, de Tanger et de cette Oasis du Tafilalet où tout a commencé.   

Ce livre est écrit dans une urgence désespérée, celle de retenir son père à la vie par des questions, en le faisant parler de son histoire.

On le referme un peu chamboulé. Mais aussi reconnaissant de s'être fait rappeler que c'est aussi le rôle des enfants de reconnaître leurs parents.

Écrit par Tamara Writes dans Biographie, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eric fottorino, nrf, gallimard, famille, origine |

mardi, 26 octobre 2010

Dans les coulisses du GIGN - Daniel Cerdan

Dans les coulisses du GIGN.jpgDe l'action, des muscles, des secrets d'Etat... Mais en fait c'est bien plus que ça.

Le livre de Daniel Cerdan nous invite à le suivre dans son parcours d'homme. Un homme de valeur(s) comme on voudrait en voir plus !

A nous les entrainements dans la boue en pleine nuit, les prises d'otages, les "épreuves de franchissement" (oui oui, on escalade des forteresses sous la pluie, rien de plus normal). A vrai dire on se demande comment tout cela est humainement possible. A lire bien au chaud dans son canapé : le passage sur la nage en piscine pieds et poings liés...

On y découvre ce qui guide ces gendarmes pas comme les autres : une certaine idée de la France, une solidarité à toute épreuve, et un grand sens de l'humour.

Au final, Daniel Cerdan nous livre un témoignage très émouvant de son quotidien de gendarme et de simple...héros.

Écrit par Tamara Writes dans Biographie, Histoire & Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : daniel cerdan, gign, action, témoignage, calmann lévy |

mardi, 21 septembre 2010

Mon évasion - Benoîte Groult

Mon évasion Benoite Groult.jpgQuelles sont les chaînes à briser ? Quelle prison faut-il fuir ?

Benoîte Groult nous emmène pas à pas dans la lente, très lente, éclosion de son moi. Un moi aujourd'hui fort, serein et plus que jamais féminin.

Elle se raconte sans fard, de ses faiblesses à ses victoires. Il aura fallu trois maris, trois enfants, des dizaines d'années et un déclic pour que Benoîte ose faire entendre sa voix de femme. Il lui aura fallu affronter les tabous, les déterminismes, le poids des traditions, les critiques violentes et sa propre pudeur pour écouter son coeur et son ambition d'écrivaine.

Ce livre plein de bonté et d'intelligence mérite d'être lu par toutes les femmes, et surtout celles qui croient encore que leur condition limite leurs espérances.

Mon évasion de Benoîte Groult expose les difficultés d'être une femme hier et aujourd'hui. Elle pointe du doigt les archaïsmes encore solidement ancrés en chacun(e) de nous, par paresse ou par ignorance, et qui ralentissent la reconnaissance des femmes dans la complexité de leurs existences (ah, la féminisation des noms ! J'étais sceptique, elle m'a convaincue).

Le gymkhana working girl, femme, mère, épouse, c'est déjà notre quotidien. Avec ce livre, apprenons à déculpabiliser et à savourer chaque pas.

Car après tout, on ne nait pas femme, on le devient.

Écrit par Tamara Writes dans Biographie, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : benoîte groult, femmes, le livre de poche |

 
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